Dans notre métier, chacun sait que la normalisation est indispensable à l’interfonctionnement des équipements et qu’elle permet d’assurer la réalisation de communications sur le plan international.
De plus, la normalisation conduit à une réduction des coûts de fabrication, puisqu’elle utilise des ressources préexistantes.
Avec l’accélération des innovations, les entreprises sont confrontées à des impératifs sévères de mises sur le marché rapides des réalisations nouvelles et d’impératifs complexes relatifs à l’interopérabilité technique.
A l’occasion de la Conférence DCCI [www.cyberinfrastructure.us], les entreprises, par la voix de Carl Cargill, de Sun Systems, se demandent comment elles peuvent encore, dans ce contexte au rythme si rapide, créer de la valeur et comment elles peuvent en acquérir.
Carl Cargill dresse à cette occasion un constat sévère. "Les Forums et consortium SDOs, du fait de leur multiplication, ont une audience de plus en plus réduite. Les normes ne constituent plus un effort pour l’interopérabilité, mais elles ne visent plus qu’à bloquer la concurrence.
Les normes ne sont pas enseignées et elles sont ignorées des chercheurs et des consultants.
La Chine les utilisent à titre de politique industrielle, l’Europe pour des visées sociales et politiques et les Etats-Unis les ignorent.
Ce qui menace notre monde, ce sont les normes propriétaires". Le constat est sans nuance. Et les détails de la vie récente de groupes de travail témoignent bien du nouveau climat qui s’est instauré récemment au sein de la normalisation.
En effet, selon des témoins, des constructeurs auraient bloqué le travail du IEEE802.20 avec l’idée de stopper la compétition de fait née des travaux de WiMAX (802.16).
Le changement de président du groupe de travail, après l’arrêt provisoire des travaux, ne modifie rien à l’affaire. Les intérêts commerciaux de sociétés rivales qui sont apparues au grand jour ici ne constituent pas un cas isolé.
Les experts n’ont pas agi avec objectivité et le président du groupe de travail s’est laissé conduire en bateau avec complaisance pendant quatre ans.
Un nouveau président prendra les choses en main en Novembre prochain et, souhaitons-le, il devra les clarifier, quitte à annuler des décisions prises antérieurement par le groupe.
Le même phénomène s’est produit sur le thème de la bande ultra large pendant trois ans et aujourd’hui encore, on attend des décisions claires sur l’UWB.
Le groupe de travail 802.11n joue de malheur, car on attendait des décisions rapides sur le Wi-Fi à 100 Mbit/s et voila que les décisions sont reportées à 2008.
Le groupe de travail est devenu ingérable du fait des contradictions multiples apportées par de trop nombreux participants.
Des droits d’entre trop faibles et une majorité fixée à 75 % suffisent pour bloquer le processus de décision. De plus, le groupe doit répondre aux oppositions formulées, mais lorsqu’elles dépassent les 12 000 commentaires pour une norme (IEEE802.11n en l’occurrence !), tout le travail constructif est bloqué.
Il est difficile de porter un jugement dans le tumulte des discussions où peut-être une faction cherche le moyen de répondre à une autre.
Le groupe de travail 802.20 s’est trouvé divisé en deux camps, l’un en faveur de Intel et de Motorola, l’autre poussant les propositions de Qualcomm et Kyocera.
La société Flarion tentait d’y faire approuver la technologie Flash-OFDM, mais au cours des débats, Qualcomm procéda à l’acquisition de Flarion.
Ce qui provoqua le changement du président du groupe de travail, au profit d’un expert qui se révéla au fil des jours être un ancien consultant payé par Qualcomm.
Ces épisodes citées par Carl Cargill ont trait aux groupes de travail de l’IEEE, et bien qu’il existe des nuances pour ce qui concerne le climat des travaux à l’UIT, à l’ETSI ou à l’IETF, ils sont plus ou moins dans la tradition des travaux de normalisation, même si le nombre de projets et la complexité de ceux-ci ne font que s’accroître.
Les méthodes de travail, les détails des procédures propres au groupe (les règles admises pour éliminer des propositions jugées inutiles ou farfelues, la tenue de réunions plénières et intermédiaires, etc.), le choix d’un responsable de groupe aux qualités évidentes de diplomatie et d’expertise technique et linguistique dans le domaine jouent beaucoup dans le succès ou l’effondrement d’un projet de norme.
La taille du groupe constitue aussi un facteur² important dans l’efficacité du travail à accomplir (voir l’Echo des Recherches du CNET, Numéro 1, où l’auteur de l’article, Pierre Marzin, démontre que le rendement d’un groupe de décision est une fonction inverse du nombre de participants - avec toutefois un optimum pour un quota de sept !).
Les groupes de normalisation de l’IEEE ne sont pas les seuls à rencontrer des difficultés et en attendant le jour où une autorité internationale parviendra à normaliser les travaux de normalisation, nous nous contenterons d’évaluer les apports majeurs de la livraison de nouvelles de cette quinzaine.
Les applications multimédia progressent, malgré les aléas de la Toile.
Après avoir connu des sommets, le protocole SIP est maintenant contesté ! Le ralentissement des activités en satellite ne signifie pas un arrêt, mais il assure sans doute une maturation des techniques et de la gestion. Les divers systèmes mobiles entrent en concurrence et (nous soulignons le "et") en complémentarité.
Les sociétés françaises spécialisées en logiciels se cherchent pendant que les grandes internationales du domaine préparent leur propre stratégie. La gestion financière d’entreprise est à l’honneur.
Dans le Dossier Technologique N°37 de cette livraison, Daniel Deshays, spécialiste en "images sonores", nous a fait découvrir, par ses propres travaux, tout un horizon de réflexions sur l’activité du multimédia qui nous invite à réviser notre vocabulaire (le terme audiovisuel n’est plus de mise !).
Merci à l’Université de tous les savoirs de nous avoir permis cette nouvelle approche.
Daniel Battu
Rédacteur en Chef du Magazine : Stratégies Telecom & Multimedia